ARNAUD BOUSQUET : Vous êtes patron de l’opposition départementale, d’accord, mais pourquoi tant de sévérité à l’égard de François Sauvadet ? Vous ne voulez pas lui accorder la circonstance atténuante de celui qui fait ce qu’il peut avec ce qu’il a ?
- JEAN-CLAUDE ROBERT : Sauf que François Sauvadet a des responsabilités importantes au niveau national. Donc, je lui reproche surtout son double discours. Il vote, il approuve les décisions et les lois qui mettent en péril les finances des collectivités locales, notamment celles du département. Puis après, il vient ici en Côte-d’Or dire qu’il fait ce qu’il peut et que les temps sont durs. Mais cela ne résulte que de la politique nationale qu’il soutient.

- ARNAUD BOUSQUET : Vous devez bien reconnaître que la marge de manœuvre d’un conseil général est de plus en plus réduite… ce sont vos collègues Montebourg et Bartolone qui le disent ! Est-ce qu’en 2010, on a encore des choix de droite et des choix de gauche au sein d’un conseil général ?
- JEAN-CLAUDE ROBERT : Oui, la situation financière des conseils généraux est difficile, mais la faute à qui ? Les transferts de compétences importants n’ont pas été compensés. Rien qu’en Côte-d’Or, avec les trois prestations que nous sommes obligés de verser, c’est-à-dire l’allocation personnalisée d’autonomie pour les personnes âgées, le revenu de solidarité active et puis la prestation handicap, entre ce que nous donne l’État et le coût réel, il manque 40 millions ! C’est une conséquence de choix national. Après, qu’est-ce qu’on fait pour trouver les ressources ou les économies ? C’est là que les choix de M. Sauvadet ne sont pas les nôtres. Quand il s’attaque de façon brutale à toutes les grandes fédérations d’éducation populaire, qu’il les met en péril et les oblige à licencier, qu’il s’attaque à l’insertion et à la prévention qui sont au cœur des compétences du conseil général… il fait des mauvais choix que nous allons payer.

- ARNAUD BOUSQUET : Quel serait l’intérêt de la majorité de tuer des associations ? J’imagine mal François Sauvadet se lever le matin et se dire, tiens, aujourd’hui, je vais tuer les Foyers ruraux ! Est-ce que vous ne faites pas un procès d’intention ?
- JEAN-CLAUDE ROBERT : Malheureusement, non. Ses choix politiques sont idéologiques. Moi, j’entends ça au conseil général des membres de la majorité : « Si les gens sont au chômage et en difficulté, c’est de leur faute. » « On ne va pas payer des gens à remonter des murs », ça veut dire qu’on ne veut pas faire de l’insertion et on s’attaque à la population la plus fragile. Et c’est une erreur. On nous rebat les oreilles au niveau national de discours sur la sécurité, mais si on ne fait plus de prévention en amont ni d’insertion en aval, automatiquement, on va retrouver ces gens sur le carreau.

- ARNAUD BOUSQUET : Dans un an, les élections cantonales. Votre canton de Gevrey-Chambertin est renouvelable : serez-vous candidat à votre propre succession ?
- JEAN-CLAUDE ROBERT : Effectivement, j’ai pris la décision d’être à nouveau candidat parce que je pense qu’il y a un combat politique à mener localement. Je porte un certain nombre de gros dossiers comme l’intercommunalité pas encore totalement aboutie dans ce canton, et de grands projets de développement économique en cours. Et puis au niveau du département, je mène un combat de façon collective. Je suis le porte-parole d’un groupe d’opposition qui entend, le moment venu, faire des propositions, présenter un programme et une équipe et montrer qu’il est en capacité de gérer le département.

- ARNAUD BOUSQUET :Vous avez vingt et un élus au conseil général, dont une seule femme ! Une sur vingt et un ! Est-ce que vous ne trouvez pas ça indigne d’un grand parti politique ?
- JEAN-CLAUDE ROBERT : Je suis assez d’accord avec vous, sauf que l’élection cantonale est une élection très particulière. Il est très difficile pour une femme de se faire élire et notamment en milieu rural de se faire connaître. Moi je plaide pour un changement de régime électoral. Je suis contre le système qu’on nous propose pour le conseiller territorial, qui est le cumul des mandats organisé. Je suis pour une élection à la proportionnelle où, là, avec la parité il y aura une place pour les femmes.

- ARNAUD BOUSQUET : Général Robert, vous êtes le chef des troupes : quel est votre plan de bataille, je n’ose dire votre plan de conquête pour les cantonales de 2011 ? Parce que, hors micro, tous les responsables politiques me donnent les cantons qu’ils visent ou qu’ils craignent de perdre ; et puis une fois le rouge micro allumé, on me sort des expressions du genre « un canton n’est pas un pion sur un échiquier ». Alors Jean-Claude Robert, serez-vous moins langue de bois que les autres ?
- JEAN-CLAUDE ROBERT : Je vais essayer. Il y a deux cantons difficiles pour la gauche : Montbard et Auxonne car les successions sont toujours difficiles. Nous, on a quelques espoirs de prendre à la droite Selongey avec la succession de Paul Taillandier. C’est possible.

- ARNAUD BOUSQUET : Autre succession possible dont vous pourriez profiter, à Mirebeau-sur-Bèze, celle de l’UMP Louis de Broissia. Et on parle d’Isabelle Lajoux pour vous représenter, la conseillère régionale, maire de Savolles et suppléante du sénateur Rebsamen. Vous nous le confirmez aujourd’hui ?
- JEAN-CLAUDE ROBERT : C’est une possibilité. Voilà un canton où il y aura vraisemblablement une candidate femme même si ça n’est pas tout à fait réglé. Mais elle a de bonnes chances d’être notre candidate .

Extrait de l'interview diffusé sur France Bleu Bourgogne du 19/05/2010